• Pédagogie 2.0? Besoin de profs pour comprendre…

    Dans la cadre de mon cours Web 2.0=Pédagogie 2.0?, nous avons à nous questionner sur ce fameux terme « Pédagogie 2.0″. Existe-t-elle vraiment cette nouvelle pédagogie? Enseigne-t-on différement avec le Web 2.0? Est-ce qu’on peut utiliser de la pédagogie 2.0 sans web 2.0? En posant la question sur Twitter, tous me répondent que c’est différent, que ça existe. D’un autre côté, en classe plusieurs n’en sont pas si certains … Je ne sais plus trop où me positionner.

    En fait, pour ma part, j’ai besoin de preuves. Comme je n’ai pas de formation de pédagogue et que par le fait même, je n’ai pas d’expérience pertinente en enseignement, j’ai besoin qu’on m’explique. Si c’est différent, j’ai besoin de savoir comment la pédagogie est si différente. Ce ne sont pas simplement que des outils?

    En fait, pour moi, l’objectif est le même: apprendre. Avant, on apprenait aussi … mais avec des livres parfois ennuyants, des travaux pratiques qu’on ne faisait jamais et des examens où on apprenait jamais la bonne matière. J’ai eu d’excellents résultats, donc je me dis que j’ai atteint l’apprentissage qu’on s’attendait de moi. Non? Ok, j’ai tout oublié. J’avoue.

    Maintenant, on apprend avec des tableaux interactif (est-ce que ça a quelque chose de web 2.0 d’ailleurs?) et on utilise parfois des wikis, youtube et des blogues. Mais l’essence même n’est-elle pas d’apprendre? De ce côté, j’adhère plutôt à la vidéo de Christophe Batier intervewant M. Lebrun sur « Apprendre 2.0?«  disant qu’apprendre 2.0 ce n’est pas une nouvelle manière d’apprendre mais bien le fait d’apprendre AVEC le 2.0. Ainsi, je crois qu’on peut apprendre avec des outils complètement géniaux mais … les objectifs, les compétences, les apprentissages, sont les mêmes non?

    D’un autre côté, j’ai entendu quelques bons arguments. Je ne peux pas ignorer que le Web 2.0 apporte des éléments différents en terme d’échelle soit de la collaboration comme jamais il ne s’est fait, de la diffusion partout dans le monde, de l’instantanéité, des feedbacks de personnes qu’on n’aurait jamais cru possibles… Bref, il y a quelque chose de beaucoup plus GROS mais est-ce réellement différent?

    Je n’ai pas de réponse! Simplement en réflexion. J’ai besoin de votre point de vue, des références, n’importe quoi qui pourrait m’aider à me faire une tête !! De plus, si vous avez envie, vous pouvez faire une courte vidéo expliquant votre point de vue par rapport à cela en mentionnant d’abord qui vous êtes et si vous pensez qu’il y a une pédagogie 2.0 ou non et ce qui vous fait dire cela :) Je pourrai ensuite la présenter aux étudiant(e)s du cours. Ils vont capotés! Ils vont réellement pensés que j’ai des amis dans la « machine » !!! ;D

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12 Comments


  1. Gilles Jobin dit :

    Autre manière de poser la question :
    L’excellent pédagogue de 1920 serait-il en 2010 un excellent pédagogue s’il utilisait les mêmes techniques d’enseignement? Si vous répondez NON, c’est qu’il existe une espèce de pédagogie 2.0.

  2. JE RÉFLÉCHIS TOUT HAUT…

    Faisons un parallèle entre le web 1.0 et la pédagogie «1.0» ou «dans notre temps» : Le prof (auteur) enseigne (diffuse) et les élèves reçoivent (lisent). UN vers PLUSIEURS.

    Le web 2.0 lui, permet une collaboration, des échanges, du socioconstructivsme, non? Il en va de même avec la pédagogie «2.0». Ce n’est plus que l’enseignant qui expose les connaissances…

    La pédagogie 2.0 n’est pas nécessairement apparue en même temps que le web 2.0, mais elle a pris beaucoup d’ampleur avec lui. On a donné les outils et les moyens pour qu’elle puisse maintenant atteindre son apogée…

    Apprentissage 2.0 + Pédagogie 2.0 + web 2.0 = Hyperpédagogie ? ; )


    François Bourdon
    Enseignant Apple Distingué 2010

    http://www.hyperclasse.com

  3. Alphonse Brunstein dit :

    Et si oublier l’échafaudage n’était pas la suprême réussite de l’apprentissage.

    Et si, la formation par compétence (et tous ces apprentissages que l’on cherche à visser intelligemment dans la Boite en Calcium) conduisait à la construction d’échafaudage en béton, où chacun pense qu’il fait acquérir à celui d’en face un savoir faire utile en lui même ?

    La où pour produire une poule la nature passe par l’oeuf
    pour produit un un travailleur qualifié les hommes en industrialisation la formation, font des enfants qualifiés.

  4. Helene Dufour dit :

    Désolée du délai de ma réaction à vos commentaires, sincèrement, vous m’avez poussé à réflexion!

    @Gilles Jobin : En effet, même si je n’étais pas là en 1920, j’imagine que l’enseignement était différent (j’imagine là de l’enseignement magistral et un bon coup de règle sur les doigts? :P ). Pourtant, au début 1900, on parlait déjà d’apprentissage par projet (Dewey 1900), de pédagogie active (Ferriere 1918) et de socio-constructiviste (1934). Donc, ça me laisse croire que finalement, il y a de la participation, de la collaboration et des projets depuis longtemps déjà. Alors qu’est-ce qu’il y a de si différent maintenant…

    D’ailleurs, je crois que je devrais me pencher sur ce que c’est exactement la pédagogie 2.0? Est-ce que c’est un pédagogie nouvelle version 2.0. ou est-ce une pédagogie qui se réfère au web 2.0 ou est-ce une pédagogie exponentielle à la 2…

    Pas évident hein !:)

  5. Alphonse Brunstein dit :

    Pour répondre à Gilles Jobin, Joseph Jacotot et sa pédagogie émancipatrice sévissait déjà en 1818 et ce qu’il propose est tout à fait révolutionnaire, non seulement pour son époque, mais aussi pour la nôtre.
    pour voir son oeuvre (jamais republiée) : http://www.joseph-jacotot.com/

    Rappelons qu’il partait d’un postulat que bien peu d’entre nous reprendraient à leur compte et qui pourtant est la base de la croyance en la capacité de l’autre d’apprendre par lui-même
    « Tous les hommes naissent d’égale intelligence »

    Joseph Jacotot préférait le maître abrutissant au maître explicateur parce que du premier on peu se prémunir, l’autre est bien plus dangereux, il entend pénétrer avec son dépliage de la réalité à l’intérieur même de la boite en calcium de celui qui tente de s’élever.

    Que dirait-il des moyens modernes permettant d’améliorer la vigueur de l’explication ?

  6. Bonjour Hélène,

    J’enseigne au cégep, en philo. Selon les groupes d’âge avec qui l’on travaille, les choses sont différentes et j’ai donc le biais, parcellaire, du niveau où je travaille.

    J’aime baigner dans le Web et j’ai déjà utilisé notamment des blogues pour des cours, mais bien franchement, je ne dirais pas que c’est pour autant deux-point-machin, ce qui n’enlève pas leur utilité. D’ailleurs, pour ce qui est de l’expression «Pédagogie 2.0», je n’y vois pas grand sens, et ce, même si j’ai participé avec beaucoup d’intérêt à un intellectuellement très stimulant BarCamp organisé par Mario Asselin sur les tics et l’éducation, où l’essentiel était il me semble ailleurs. Qui plus est, je me demande bien franchement si, à la limite, ce n’est pas contre nature de penser imposer/implanter une stratégie deux-point-machin (je sais qu’il ne s’agit pas ici d’imposer/implanter, c’est juste que ça m’effleure l’esprit en même temps).

    Bon, voilà, c’est génial le deux-point-machin, n’est-ce pas : vous avez eu droit à une non-réponse. Héhé!

    Cela dit, je crois qu’il y a des retombées positives, pour l’éducateur, d’une imprégnation «personnelle» (hors cadre institutionnel) dans les univers du deux-point-etc. Quelques pistes, qui ne sont bien sûr que des pistes :
    - Il y a très certainement une question d’attitude, de tempérament ou de personnalité qui entre en ligne de compte, mais le fait d’être «one of us» dans les univers du web deux-trois-etc-point-machin peut aider à éviter certains effets pervers qui peuvent découler du fait qu’il y a toujours un risque pour l’éducateur de devenir que trop habitué à un «public captif» (ce que les étudiants sont, dans une certaine mesure).
    - Pour celui qui assume sa présence web sous sa véritable identité (d’ailleurs, bravo à toi!), il y a là l’occasion d’une formidable sensibilisation et apprentissage «dans l’action» de la dimension publique de l’éducateur. Ce qui est écrit, les étudiants peuvent le retrouver, demain matin ou dans deux ans.
    - Dans la même veine, mais sur une note plus légère pour le cœur, il arrive parfois que l’on découvre qu’un ou une étudiante, qui ne voudrait pas avoir l’air trop près du prof, trouve son compte dans ce que l’on dit et trouve intérêt à suivre *discrètement* sur le web certains propos.
    - Il y a aussi ceux qui retrouveront un sens à d’anciennes traces dans cinq ou huit ans. Ici, c’est très hypothétique, mais l’essentiel de l’éducation consiste en cela : un pari sur l’avenir, dont on ne sait rien. Cela peut aussi aider à prendre conscience d’un élément inverse : peut-être que dans cinq ans celui que l’on a côtoyé et qui y revient volontairement y trouvera un surplus de sens, mais peut-être aussi qu’au contraire, il trouvera qu’on a été trop pris par «l’immédiat» ou la complaisance. Cela force à des réflexions dans l’action.

    Pour le reste, l’essentiel me semble être que ceux que l’on éduque puissent deviner que l’on est avec eux, pour le meilleur et pour le pire. Qu’on les retrouve cachés sous un lit, au bout d’un courriel, dans un deux-point-cossin ou même parfois dans leur arrogance, ce n’est que circonstances.

    Enfin, pour alimenter la réflexion, je vous suggère la lecture d’un billet intitulé «Pourquoi je suis « ami » avec mes étudiants», d’un maître de conférences à l’université, que l’on peut lire là :
    http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2010/03/pourquoi-je-suis-ami-avec-mes-etudiants.html

    Mais comme je le mentionnais au début, je ne suis pas certain que les mêmes considérations s’appliquent à tous les groupes d’âge.

    Bonne poursuite des réflexions !

    Bien cordialement,
    Patrice Létourneau

  7. P.-S. Il y a aussi ce billet de Lyonel Kaufmann qui peut être intéressant à lire en lien avec le sujet :
    http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2010/04/06/facebook-oui-ou-non-dans-la-relation-prof-eleves/

    Bien cordialement

  8. Bonjour,
    Grâce au lien de Patrice Létourneau renvoyant à un billet de mon site, je prends connaissance avec intérêt de votre billet. Vous posez une excellente question que j’ai envie de m’approprier de la manière suivante:
    - la pédagogie 2.0 est-elle simplement une pédagogique recourant aux outils du web 2.0?
    - la pédagogique 2.0 est-elle un dépassement d’une pédagogique existante?
    - le web 2.0 demande-t-il le développement d’une pédagogique particulière?
    - la pédagogie 2.0 n’existe pas
    Vous avez raison de noter que les démarches pédagogiques qui seraient à utiliser le web 2.0 préexistent à celui-ci. Pour une bonne part, elles sont mêmes très anciennes. D’autre part, de manière générale, lorsqu’une nouvelle technologie arrive en milieu scolaire, l’outil est paré d’attributs quasi magiques qui transformerait l’école et l’enseignement. Généralement, chacune d’entre elle aurait dû permettre le développement des pédagogiques actives, l’apprentissage par projet, etc. Les réformateurs progressistes côtoient alors les technophiles scolaires (à lire à ce sujet les ouvrages de Larry Cuban http://www.edtechnot.com/notcuban.html).
    Jusqu’à présent, le cinéma, la radio ou la télévision n’y sont pas parvenus. La situation sera peut-être différente avec l’ordinateur puisque celui-ci a modifié l’ensemble des activités économiques et professionnelles du monde occidental. Pourquoi devrait-il en être autrement pour l’enseignement? (je renvoie à ce texte ancien: http://lyonelkaufmann.ch/histoire/medias-technologies/reflexions-sur-lutilisation-de-linformatique-dans-le-cours-dhistoire/)
    Dès lors, en réfléchissant, plus que la pédagogie en elle-même, c’est l’institution scolaire qui devrait/pourrait être modifiée par le web 2.0. L’équation deviendrait donc « Web 2.0 = Ecole 2.0″ C’est l’espace et le temps scolaire que le web 2.0 modifie, transforme. L’heure de cours, la classe, la salle des maîtres, l’établissement sont des catégories susceptibles de changer de forme et de nature avec ses outils.
    Pour finir (provisoirement?), je me permets de vous renvoyer à deux autres de mes billets (plus ou moins récents):
    - Préparez-vous! La Génération Y va grave vous secouer (http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2009/09/08/preparez-vous-la-generation-y-va-grave-vous-secouer/)
    - Elèves 2.0 recherchent de toute urgence Professeurs 2.0 (http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2009/06/23/eleves-2-0-recherchent-de-toute-urgence-professeurs-2-0/)
    Et je vous invite à guetter la prochaine publication d’un numéro des Cahiers pédagogiques qui sera consacré à l’utilisation des réseaux sociaux (blog, wiki, twitter) en éducation.

  9. Helene Dufour dit :

    @Patrice: Donc, ce que vous me dites, c’est que finalement, la pédagogie web-deux-point-machin (j’adore votre expression, vous permettez que je l’emprunte de temps à autres? hehe) ça ne se tient pas vraiment mais que les outils n’en sont pas moins valables. J’espère que j’ai bien saisi votre idée. Ça revient un peu à ce que je pensais au départ, soit qu’à part utiliser les outils… qu’est-ce qu’il y a vraiment de plus? Je mijote encore … :) De plus, j’aimerais vous remercier d’avoir ajouté un commentaire portant sur l’utilisation hors cadre institutionnel du web 2.0 et ses avantages sur le professeur et son enseignement en général. Comme je ne suis pas prof moi-même, je suis très heureuse que vous ayez pris la peine de partager cet expérience! Merci!

  10. Helene Dufour dit :

    @Alphonse Brunstein: Merci beaucoup pour le lien vers Jacotot. Je ne connais pas du tout mais je suis vraiment curieuse de connaître son idée de l’enseignement universel. Je garde son site dans mes favoris et je tenterai aussi de voir s’il y a quelque chose ici à la bibliothèque de l’Université sur ses ouvrages. Merci encore !

  11. Aphone Brunstein dit :

    Jacotot est surtout connu par l’ouvrage de Jacques Rancière « le maître ignorant »
    qui est une bonne entrée en matière.

    Mais étonnamment J.R. n’a jamais rien fait pour rendre accessible la pensée de Jacotot.

    Ce qui y domine est d’ailleurs l’idée que l’écrit ne permet pas de garder la trace d’une pensée, c’est pourquoi dans toutes les lignes qu’il a écrites J.J. s’efforce de rompre le fil de la persuasion (ou de l’endormissement, c’est selon) par des digressions que nombreux voient comme parasitant le discours alors même qu’elles aident à ne pas prendre l’ombre pour la proie.

    Le rendement décroissant de la trace numérisée dans l’enseignement (polycop – vidéo – site internet même … etc. ) montre à quel point c’est le « chaud » qui est capital, notamment dans la phase où l’enfant, l’adolescent, l’adulte, apprend ou consolide ses apprentissages visant à faire de lui un être capable autodidaxie tutorée.

  12. @Hélène : ça résume effectivement bien mon idée. :-)

    Au plaisir,
    Patrice

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