• Faire de la recherche … ouverte!

    Ça vous est déjà arrivé de vous sentir assez seul parce que vous pensiez être seul à avoir une certaine idée? C’est ce que je pensais avant de lire un billet (via le RIRE) portant sur l’ « Open Notebook Science« . En somme, pour ceux et celles qui ne liraient pas l’anglais, on y parle d’une poignée de chercheurs qui exposent et partagent ouvertement leurs résultats et même, leur données de recherche au grand public.

    Je lus certains articles qui abordaient le sujet, et au plus près de moi, dans mon super monde universitaire, j’ai entendu quelques personnes en parlé, mais aucun à ma connaissance ne le fait. Faux! Nous le faisons en quelque sorte dans le cadre d’un cours où nous exposons nos recherches et quelques unes de nos discussions autour d’une question de recherche (ici).  Toutefois, c’est le seul exemple que je connaisse dans mon entourage.

    Autrement les universitaires semblent avoir peur. J’ai, une fois, demandé s’il serait possible de mettre notre cours à distance comme totalement ouvert ou du moins, mettre notre forum totalement ouvert. Semblerait-il qu’avoir une discussion universitaire ouvert sur le monde brime leur propriété intellectuelle… J’ai aussi fait part d’une suggestion dans un laboratoire de recherche d’utiliser un tableur Google pour pouvoir terminer une tâche (qui n’exposait pas toutes les données de recherche) que les auxiliaires devaient partager entre eux. Suggestion refusée catégoriquement.

    Assurément, il y a des risques. Si la publication est souvent le déterminant du succès de la carrière d’un chercheur, il s’agit donc d’un élément important dans les risques reliés à la recherche « ouverte ». Se faire voler ses données et donc ne pas pouvoir publier, mais aussi, plusieurs maison d’édition d’écrits scientifiques n’acceptent pas les articles où les données ont déjà parues ailleurs.

    Toutefois, les chercheurs « ouverts » ont leurs propres arguments. Rendre les données publiques leur permet:

    • de trouver les erreurs qu’ils n’auraient pas trouver autrement. Les autres chercheurs ne sont donc plus des concurrents mais bien des collaborateurs (ne devrait-il pas en être ainsi de toute façon?!)
    • de se protéger du vol des données. Étonnant non? En effet, c’est un élément dissuasif pour les voleurs. Si les données sont volées, il est facile de prouver que les données avaient déjà été publiés.
    • d’avoir l’avis des autres, experts et praticiens.

    Ce qui m’achale le plus dans le fait de garder la recherche fermée et de réserver la publication de la science qu’aux experts, c’est qu’on oublie à qui la recherche sert réellement. Il me semble que l’essence même de la recherche est d’apporter de nouvelles connaissances pour que ça serve à ceux à qui ça concerne non? Et pourquoi les personnes concernées n’auraient pas un mot à dire sur le sujet? On impose trop souvent un produit final sans se demander si les personnes interrogées s’y reconnaissent et si les conclusions permettront d’améliorer la situation ou même la compréhension du phénomène aux personnes concernées.

    Je suis consciente que ce n’est pas évident. D’ailleurs, je ne sais toujours pas si j’y arriverai moi-même pour la rédaction de mon mémoire. Par contre, je pense que si on trouvait des solutions aux obstacles pour réussir à faire de la recherche « ouverte », autant la communauté de recherche que les pratiquants y trouveraient leur compte.

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3 Comments


  1. Marc dit :

    Super intéressant comme article. Mon expérience est que le plus grand obstacle c’est la peur que les gens ont de faire juger leurs idées. Quand on est ouvert, on s’expose à tous. C’est là que toute la valeur ajouter de l’ouverture est, mais c’est aussi l’obstacle le plus difficile à franchir.

    Ce que tu listes comme les forces de la recherche ouverte sont des effets qui seraient bénéfiques pour la recherche. Mais même dans le monde du développement libre les égos sont souvent le plus gros obstacle.

    La meilleure manière de faire vivre la recherche libre c’est de l’imposer. En plus de ce que tu listes comme avantages, tu vas voir que publier tout au public te force à mieux construire tes idées et tes conclusions.

    Je t’encourage dans cette direction ;)

  2. Merci Marc!

    Tu as raison, recevoir la critique c’est pas toujours évident! Par contre, comme tu dis, si ça peut m’aider à mieux construire mes idées et mes conclusions, alors je ne vois pas pourquoi je devrais m’en passer. Quand les gens qui, comme tu viens de le faire, viennent enrichir mon idée avec des éléments supplémentaires, je pense que le résultat au bout ne peut qu’être meilleur que quelqu’un qui décide de ne pas partager.

    De plus, je pense que certains chercheurs et certaines chercheuses auraient VRAIMENT avantage à se faire critiquer par les praticiens… :)

  3. Myriam dit :

    Est-ce que les grands scientifiques sont vraiment « propriétaires de leurs idées »?? En science, les faits parlent. Le scientifique ne fait qu’observer et tire une conclusion logique par la suite. Je ne suis pas scientifique, mais je me demande si la propriété intellectuelle ne serait pas plutôt chez les artistes. Créer peut amener une « peur de faire juger ses idées », mais les découvertes scientifiques devraient plutôt apporter une conviction et un besoin de bousculer les opinions déjà établis. Galilée, Darwin, Freud -pour ne citer que ceux-là- ont tous affronté la pensée populaire et se sont faits rejeter. Ils n’ont cependant jamais abandonné leurs idées. Ils n’avaient évidemment pas accès à la panoplie de moyens de communication que nous avons aujourd’hui, mais ils utilisaient la littérature pour atteindre justement (comme Hélène le mentionnait) la population. La science est peut-être maintenant, elle aussi, un outils du capitalisme où le temps et les idées sont de l’argent. Où est la Vrai Science? Le besoin viscéral d’atteindre la vérité existe-t-il encore aujourd’hui? Peut-être que c’est trop idéaliste de croire que l’argent est un moyen et non un but en soit… mais je suis d’accord avec Hélène et ne comprends pas, moi non plus, que les recherches demeurent cachées. _ En passant, Hélène, vraiment beau ton site web!_

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